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L'aventure industrielle dont vous êtes le héros

Aimeriez-vous vivre l’aventure et gagner 150 000 dollars australiens en un an? C’est la promesse qui est faite sur Tik-Tok pour promouvoir le travail en « Fly In Fly Out », dans les mines isolées du désert australien.  

Mais attention, derrière le mirage de la fortune, la réalité peut être bien plus rude. 

Êtes vous prêts, comme Sonny, Chris et Sam, à vous lancer dans ce parcours du combattant à l’autre bout du monde?

Cet article se présente comme un « jeu » multimédia dont vous êtes le personnage principal. Les vidéos et les infographies interactives (Quizz, Lexique, Calculateur, Carte) font partie de l’article. Vous êtes invités à regarder chaque vidéo en entier et à prendre le temps d’explorer chaque infographie en cliquant sur les liens. A l’exception de la première, toutes les vidéos ont été tournées et envoyées à l’auteur de l’article par les personnes citées elles-mêmes. Les infographies interactives ont été réalisées par l’auteur de cet article. Bonne lecture et bonne chance dans votre parcours australien… 

Vous êtes un jeune homme Français entre 18 et 30 ans. Vous ouvrez l’application TikTok et voici à quoi ressemble votre fil. Les vidéos défilent, déclinant à l’infini la promesse du voyage, de l’aventure et de l’argent sous le soleil de l’Australie. Vous n’êtes pas le seul. Pour Sonny, Sam et Chris, c’était la même chose. Ils ont la vingtaine, sont jeunes, en bonne santé. Ils ont fait des études, ont goûté au travail de bureau ou monté une entreprise. Dans la vie ils ont envie de deux choses : de l’aventure, et de l’argent. Ils scrollent et tombent sur une promesse aussi épique que lucrative: travailler dans des mines d’or à l’autre bout du monde, en Australie.

Les recruteurs préviennent : ce travail c’est pas pour les faibles. On parle de trimer douze heures par jour, 7 jours sur 7, en combinaison intégrale, dans des galeries souterraines, pour creuser, charger et décharger des camions, monter et démonter des échafaudages. La plupart du temps, les  sites industriels sont si isolés qu’aucune route n’y mène. On y arrive en avion. On s’échine une semaine non-stop, puis on en repart par le même moyen. C’est le travail en « Fly In Fly Out », le FIFO. 

Partout des influenceurs vantent les mérites du FIFO en faisant monter les enchères. @fifocareer, 1,7M d’abonnés sur Instagram promet 7 000 dollars australiens pour une semaine au milieu du désert. « Est-ce que tu travaillerais ici pour 150 000 dollars l’année? » invite« FIFO Australia », compte Tiktok au 2 millions de “J’aime”. 

Alors, vous êtes tentés? 

Sur votre parcours, vous rencontrez vos futurs collègues.

Chris, 28 ans. Il  a grandi à Rennes et est arrivé en Australie il y a quelques mois déjà. Il galère à trouver un taff en mine et enchaîne les petits boulots en attendant. Sam, lui, a 27 ans. Originaire de Grenoble, il était entrepreneur et tenait un restaurant. Le travail en FIFO, c’est son quotidien, surtout dans les mines de fer. Il veut économiser pour créer une entreprise. Sonny a 24 ans et vient du Val-de-Marne. Ça fait presque deux ans qu’il travaille en Australie, il a trimé dans plusieurs mines et maintenant il veut profiter de son argent.

Mais prenez garde… Avec ces formations très onéreuses à valider, ses galères de visa, son isolement social, le travail sous la terre rouge est loin d’être tout rose.

NIVEAU 1: le VISA

A cette étape, vous êtes encore dans votre T1 dans le Val de Marne (94), en France. Vous rêvez de l’immensité du “bush” et du travail à la mine. Mais vite, une réalité prosaïque vous rattrape : il vous faut un visa. Et ça tombe bien car l’Australie a des visas spéciaux pour les jeunes Européens comme vous, qui souhaitent venir garnir sa main-d’œuvre en associant voyage et travail. Le plus connu, c’est le visa 417.

Êtes-vous éligible pour un “Working Holiday VISA”? Faites la test:

Pour faire le test, cliquez sur le bouton ci-dessous. Le chargement de la page peut durer jusqu’à 10 secondes en fonction de votre connexion.

Vous êtes rebutés par les conditions strictes du visa? Alors, abandonnez tout de suite,  car selon Sam “le visa, c’est la partie facile”. Les vraies galères commencent sur place. 

Vous remplissez toutes les conditions? Si oui alors votre aventure peut continuer. Vous prenez l’avion et vous décollez.

NIVEAU 2: L'ARRIVÉE EN AUSTRALIE

Ah l’Australie… Son désert rougeoyant qui s’étend à perte de vue. Ses araignées grosses comme une paume de main, ses plages… Bon quand est-ce qu’on va faire des sous à la mine? Pas si vite… N’entre pas en mine qui veut. “Quand je suis arrivée en Australie j’ai travaillé 6 mois en ville en tant que » truck loader” se souvient Sonny. “En gros je déchargeais des camions de nourriture en poste de nuit” relate le jeune originaire du Val-de-Marne. Chris cumule des mission d’interim. Il vous explique son quotidien en vidéo: 

“J’ai travaillé dans la construction en ville avec des normes de sécurité très légères, puis en tant qu’assistant-foreur dans le désert. C’était vraiment le pire des taffs. On vivait dans une caravane et on manipulait une machine très lourde. Parfois on avait des primes en fonction de la profondeur des trous qu’on creusait mais pas tout le temps” détaille quant à lui Sam.

Mais pourquoi les voies de la mine sont-elles si impénétrables? Le nerf de la guerre, c’est les “tickets”. L’univers du FIFO est un milieu très jargonneux. Pour nous y retrouver parmi les termes en pagaille entendus sur les réseaux sociaux, nous avons créé ce lexique:

Pour consulter le lexique cliquez sur le bouton ci-dessous. Le chargement de la page peut durer jusqu’à 10 secondes en fonction de votre connexion.

“En Australie ils s’en foutent de tes expériences professionnelles ou de tes diplômes en France”, prévient Sam. Les employeurs des mines recherchent des profils relativement qualifiés. Et ce qui compte à leurs yeux, ce sont les « tickets », comprenez des formations payantes entre une centaine et plusieurs milliers de dollars. C’est pour financer ces sésames que Sam s’est échiné au chantier et Chris en cuisine. 


Les tickets “premiers secours” ou “sécurité incendie” durent une journée et coûtent une centaine d’euros. Sonny, lui, a passé “le ticket HR” c’est-à -dire le permis poids lourds en 5 jours. Les tickets plus qualifiants, comme celui que Sam a passé pour être échafaudeur, peuvent durer plusieurs semaines et coûter plusieurs milliers d’euros. “J’ai passé plus de 10 000 dollars australiens (6 000€) de ticket” confie @thibautrgd, 11 000 followers sur Tik Tok. 10 000 dollars? Mais ça s’amortit en combien de temps ça? “Franchement en trois semaines c’est amorti”. 

Combien de tickets pourriez-vous vous offrir avec vos économies? Faites le test: 

Pour accéder au calculateur, cliquez sur le bouton ci-dessous. Le chargement de la page peut durer jusqu’à 10 secondes en fonction de votre connexion.

Vous avez assez d’argent? Alors on peut continuer, sinon, retour aux petits boulots à Perth.

NIVEAU 3: LA MINE

Il existe des dizaines de sites FIFO en Australie-Occidentale, certaines mines sont désaffectées, d’autres en pleine production, d’autres vont bientôt ouvrir. 

Pour vous y retrouver, nous vous avons concocté une carte. Consultez là et zoomez sur les points afin de voir des sites FIFO en images satellite. 

Pour consulter la carte, cliquez sur le bouton ci-dessous. Le chargement de la page peut durer jusqu’à 10 secondes en fonction de votre connexion. Une fois sur la carte, zoomez sur les points pour voir les sites et cliquez sur les points pour avoir des informations. 

L’exploitation minière en Australie-Occidentale se concentre en majorité sur deux régions, visibles sur la carte: le Pilbara au Nord, qui regorge de fer, et les Goldfields, au centre et au sud, prisé pour leur or. Les minerais sont traités dans des usines sur la côte Nord puis exportés, principalement vers la Chine. Le secteur minier représente 15% du PIB australien. 

 

Dans l’Etat d’Australie Occidentale, cette part monte à 40-45% du PIB selon les sources. En revanche, la mine ne représente que 10% des emplois de cette région désertique. Un tiers des 331 sites miniers du pays en activité se trouve dans cet État. Quelques mines de nickel et de lithium ponctuent aussi le paysage ouest-australien mais la plupart ont été mises hors service ces trois dernières années, en raison de la baisse du cours.

Sam travaille dans une mine de fer dans le Pilbara. Il vous envoie une vidéo de son trajet en bus, entre les dortoirs et le site. 

Tous les sites FIFO s’organisent tous selon le même triptyque: la piste d’atterrissage, le site industriel, et à quelques encablures, le village, créé ex nihilo par les entreprises, où les ouvriers sont logés temporairement.

Voici le complexe de Tropicana. En rose, c’est la mine. Réouverte en 2013, elle a extrait presque 10 tonnes d’or en 2023. Le petit point bleu, c’est le village. Ca a l’air petit, comme ça, à côté de la mine, mais en fait, en zoomant, on voit ca:

Environ 450 employés s’y relaient toute l’année. C’est ça la spécificité du FIFO. Ce n’est pas une ville minière au sens classique. Il n’y a pas d’habitat permanent. Toutes les infrastructures sont démontables. Si le cours baisse, on doit pouvoir mettre la mine en sommeil rapidement et sans conséquences sociales. 

Généralement, les ouvriers restent une ou deux semaines dans ce type de chambre. Il y a aussi une cantine, des salles de sport. Sonny confie y passer beaucoup de temps. Parfois il y a même des piscines, des terrains de golf ou de foot australien. Mais nous ne sommes pas là pour trop nous détendre. Ça viendra après. Au boulot.

 Une journée de taff classique pour Sam, ça ressemble à ça:

Allez voir du côté de Sonny. 

Le travail à la mine, c’est dur. On parle de 12 heures par jour. Réveil à 4 heures du matin. Travail dans des conditions difficiles. Entre deux swings, Sonny partage parfois ses difficultés en story sur Snapchat.

Les conditions de vie dans les dortoirs pèsent parfois sur le moral de Sonny. Et vous?

Au point de remettre en cause la motivation de l’argent? 

Vous aussi, vous pensez que l’argent ne fait pas le bonheur, vous rentrez dans le 94
Votre esprit capitaliste vous convainc de continuer l’aventure, parce qu’il ne fait peut-être pas le bonheur, mais….

NIVEAU 4: LE KIFF

… il peut vous payer des vacances à Bali!

Chris, Sonny et Sam sont tous trois à des moments différents de leurs parcours, mais ils sont tous venus pour faire de l’argent. Chris souhaite investir dans l’immobilier, Sam créer son entreprise. Mais pour l’instant, leur vient l’envie de profiter de leur argent. “Bali n’est pas loin. Le billet n’est qu’à 250 dollars” confie Sam. Pour Sonny, après près de deux ans à trimer, la mine c’est terminé, place aux vacances en Indonésie ou en Thaïlande. A vous, candidats aux FIFO, il envoie ces quelques cartes postales :

En un siècle la mine a bien changé. Avant c’était le paternalisme, la structure, les cités minières. On naissait dans une région minière puis la mine s’imposait à nous sans vraiment qu’on la choisisse, comme une carrière ou un gagne-pain par défaut. Ou alors si on venait de loin, on vivait dans des cités où on restait longtemps. Il y avait des statuts, des syndicats, des négociations et des hiérarchies strictes. C’était chacun son rôle, chacun sa place, et surtout chacun son rang.

Puis les mineurs ont petit à petit disparu. De 300 000 mineurs dans l’après-guerre, il n’en restait plus qu’une poignée quand le puits de mine de la Houve, dernière mine de charbon française en activité, a fermé définitivement. C’était en avril 2004 à Creutzwald en Moselle. Vingt-deux ans après, les réseaux sociaux témoignent de l’éclosion d’une nouvelle génération originale de mineurs-influenceurs-aventuriers à l’autre bout de la planète.

Au cours de cet article, bien plus qu’une simple tendance sur les réseaux sociaux, vous avez suivi le parcours d’une ruée vers l’or moderne. Avec le FIFO, la mine, c’est un jeu de rôle, en vue à la première personne. On n’est sur place que pour quelques jours. Jamais avec les mêmes personnes, jamais au mêmes endroits. On voit le travail comme une aventure. Et surtout, on la partage sur Tik Tok.

Vous relancerez bien une partie? 

Apolline VILBOIS