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Le rêve de grandeur

Le rêve de grandeur des
migrants roumains d'Oaș

Depuis plus de vingt ans, ces Roumains mènent une double vie entre la France et la Roumanie. Discrets travailleurs en Seine-Saint Denis, ils ont bâti dans leur pays d’origine le royaume de leurs rêves.

Chaque année, le même ballet se répète. Quand l’été arrive, les vallées verdoyantes de la région d’Oașau nord-ouest de la Roumanie, se réveillent. Des files de voitures immatriculées « 75 » déferlent dans les rues, les volets des villas colorées aux imposantes façades s’ouvrent, et une foule de jeunes filles vêtues de robes traditionnelles pavane dans les jardins fleuris.

Les propriétaires des riches maisons d’Oaș sont de retour. La saison des mariages commence, synonyme de retrouvailles et d’excès. Rien n’est alors trop beau ou trop cher pour les villageois d’Oaș : il faut célébrer le bonheur de se retrouver et oublier la longue année écoulée, passée à 1850 km de là, à la périphérie de Paris, dans les banlieues de Seine-Saint-Denis.

Les briques du succès

La communauté des Oșeni possède une réputation bien ancrée en Roumanie. Dépeints comme « milliardaires » par les médias locaux, ces Roumains du Nord-Ouest du pays font partie des premiers à avoir quitté la Roumanie pour travailler à l’Ouest. Dans les années 1990, après la chute du régime de Ceausescu, les villageois du pays d’Oaș – Țara Oașului en roumain sont partis sans un sous, les uns après les autres, en quête d’un avenir meilleur. Nombreux ont atterri dans la banlieue parisienne, en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France. Au fil des années, leur communauté s’est agrandie. Si rapidement que les autorités religieuses orthodoxes ont dû s’affairer pour ouvrir de nouvelles antennes locales. « Il y a maintenant une paroisse à Drancy, une à Aulnay-sous-Bois, une à Livry Gargan, une à Romainville, une à Montreuil et dernièrement une à la Courneuve », liste Octavian Dabija, prêtre orthodoxe en charge de la mission d’Aulnay-sous-Bois, ouverte en 2019. « A chaque fois qu’on ouvre une paroisse, l’église se remplit ».

Certeze est le village le plus grand et le plus riche de la région d'Oaș.

Très peu d’Oșeni en âge de travailler sont restés en Roumanie, déplore Ana, 48 ans. « Quand j’étais jeune, on était vingt dans ma classe. Et sur les vingt il n’y en a que cinq qui sont restés au village. Tous les autres sont partis en Italie ou en France ». Elle aussi a quitté son village natal, Huta Certeze, en 2007. Au lendemain de l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne, Ana a pris le même chemin emprunté par son frère quatorze ans plus tôt, laissant derrière elle sa ferme et ses deux filles.

Cette migration économique s’est ostensiblement affichée en Roumanie. Là bas, les villages d’Oaș, dont sont originaires ces migrants, se sont fait la réputation d’abriter les plus belles maisons de la région, peut-être même du pays. Des demeures imposantes  aux accents architecturaux modernes ou néo-classiques.

Ostentatoires, ces demeures tranchent avec les habitations traditionnelles en terre battue, encore visibles dans les villages. Elles incarnent la réussite occidentale de leurs propriétaires. Jardins à la française, imitations de statues romaines, cuisines américaines, … : les références aux goûts occidentaux sont nombreuses. « On aime bien les colonnades », confesse rieur Octavian Dabija, prêtre et observateur privilégié de la communauté. « Ce n’est pas roumain, mais c’est le goût occidental. On a pris beaucoup de choses des Occidentaux. On n’est pas sur la même longueur d’onde, mais on essaie de copier ».

Dans cette « occidentalisation », le voisinage joue un rôle central : les travaux des uns inspirent les autres, et même créent des modes. Dans les années 2010, un jeune peintre de la région, Vasile Marina, se fait connaître pour ses peintures. Des toiles et fresques murales alliant traditions d’Oaș et touches occidentales. Poussé sous le feu des projecteurs par les médias locaux, l’adolescent voit sa cote de popularité s’envoler.

Les propriétaires d’Oaș s’arrachent le jeune prodige et lui commandent des réalisations toujours plus grandes et complexes. Au bout de semaines ou de mois de travail, l’artiste leur facture plusieurs centaines ou milliers d’euros. Une somme importante en Roumanie, où le salaire moyen en 2010 était inférieur à 500 euros.

Vasile Marina pose devant une de ses peintures. (archive personnelle - Vasile Marina)

« J’ai peint de tout dans les maisons : des Mona Lisa, des Napoléon, des portraits traditionnels », se remémore  le peintre. Quelques photographies lui restent de cette époque, dont celles de sa série de Mona Lisa. 

"Les gens aimaient beaucoup les Mona Lisa, j'ai dû en faire 13 ou 14."
Vasile Marina
Artiste peintre

Mais ces peintures ne sont que rarement admirées. Les trois quarts de l’année, les maisons d’Oaș sont inhabitées. « On a une grande maison en Roumanie, mais elle est toute vide », acquiesce Jacob. Arrivé il y a 24 ans en France, il a fait construire dans son village d’origine, Bixad, la maison de ses rêves, sans pour autant l’habiter. « Il n’y a personne dedans, quel dommage ». 

La plupart des propriétaires de ces villas travaillent à des milliers de kilomètres de là, en région parisienne. Les hommes dans le secteur du bâtiment et les femmes dans le ménage.

Pendant des années, ils se sont affairés, se privant de loisirs et de repos pour économiser et construire leur « maison de rêve ». « Ils négligent beaucoup leur vie », regrette Roxana, vingt ans.  « Ils ne connaissent que la Roumanie, travaillent beaucoup pendant l’année pour construire des grosses maisons et se comparer aux autres ».

« Eux même le reconnaissent, il y a un peu d’orgueil », sourit Octavian Dabija. « Si mon voisin a une maison de quatre pièces, j’en veux cinq », résume-t-il dans un rire. « Ils n’ont pas besoin d’autant d’espace ».

Ces maisons imposantes sont un moyen de s’assurer un avenir et d’affirmer leur « succès » dans la société, décrypte Daniela Moisa, anthropologue auteure de l’ouvrage La maison de la réussite : dynamiques spatiales et mobilités socio-économiques au village de Certeze, Roumanie.  

Les villas d’Oaș, dites « maisons de la réussite » correspondent à une « démarche pratique, esthétique et éthique de définition du soi et d’ajustement identitaire », entre tradition et modernité, pays d’origine et de destination, expérience individuelle et dynamique de groupe. Ce phénomène, lié à l’expérience de l’émigration n’est pas particulier à la région d’Oaș et se retrouve dans d’autres régions et pays de départ.

Mirage français

Et cette folie des grandeurs ne s’est pas arrêtée là. Après les maisons, les voitures et costumes traditionnels sont devenus les terrains d’expression de l’attachement aux traditions et de la réussite à l’étranger.

« Une robe, cela coûte assez cher. Entre plusieurs centaines d’euros et plusieurs milliers d’euros. C’est très beau, mais c’est lourd. C’est tellement lourd que cela fait des fois des bleus aux jambes », raconte Roxana. Comme tous les jeunes de son âge, elle possède déjà plusieurs costumes. Tous dorment dans les placards de sa maison roumaine, en attendant la venue de l’été et des mariages, réputés pour leur démesure. « À Certeze, il y a parfois plus de mille invités », assure Ana, 48 ans, originaire de Huta Certeze, un village voisin.

Ces paillettes font presque oublier qu’hors période estivale, la vie des Oșeni est loin de ressembler à un conte de fée. La plupart des migrants de la région ont quitté leur cher pays d’Oaș à reculons.

Dans les années 1990, quand ils arrivent en France, ils déchantent. En situation irrégulière, dans l’impossibilité de trouver un logement ou un travail de manière conventionnelle, les premiers travailleurs d’Oaș squattent des maisons inhabitées, dorment dans la rue et vivent de la vente de journaux ou de mendicité, raconte Mariana. « Ce n’est qu’après qu’ils ont commencé à travailler dans le bâtiment, d’abord pour des Portugais ». « C’était très difficile, on est restés quelques années sans papier. On travaillait, dans le bâtiment, au noir », se rappelle Jacob, désormais patron d’une société de construction en Seine-Saint-Denis.

L’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne en 2007 change les choses : les regroupements familiaux sont facilités, ainsi que la venue de nouveaux travailleurs. Mais les souffrances créées par cette migration restent vives : « j’ai dû apprendre à vivre avec mes parents. Je n’avais pas vu mon père de mes 7 ans à mes 12 ans, il était devenu un quasi inconnu », se souvient Mariana, arrivée en France en 2001. « J’ai beaucoup souffert ». La jeune femme a mis des années avant de réussir à évoquer le sujet avec ses parents. « Maintenant que je suis maman, je comprends à quel point ils ont pu souffrir », confie-t-elle, émue. Roxana passe aussi ses plus jeunes années sans ses parents en Roumanie, avant de les rejoindre en France. « Des fois avec mon frère, on ne se souvenait plus de ma mère. On pensait que ma grand-mère était ma mère car c’était elle qui s’occupait de nous en son absence ».

"Little Romania"

Les liens se forgent ainsi dans la dureté de la séparation subie. Poussés dans le grand bain de la migration, voisins, connaissances et parents s’épaulent. Pour contrer leur mélancolie, ils cherchent à recréer symboliquement, en Seine-Saint-Denis, leurs villages d’antan. A tel point que des Oșeni d’un même village se retrouvent à présent à vivre dans le même quartier en France : « Il y a des rues ici à Aulnay, ou encore au  Blanc-Mesnil, où il y a des dizaines de Roumains d’un même village », explique le prêtre Octavian Dabija. « Ils se sont retrouvés dans la même rue que chez eux à Moiseni, Bixad ».

"Sur une impasse on peut trouver trois ou quatre maisons de Roumains. Aux États-Unis, on a Little Italy, ici on a Little Romania et même Little Țara Oașului."
Octavian Dabija
Prêtre orthodoxe

Les Oșeni ne le nient pas : ils se plaisent à rester entre eux, et même entre individus d’un même village. Au travail, à la messe, mais pas que. Plus de vingt ans après les premiers départs, beaucoup de mariages continuent de se réaliser entre personnes issues de la communauté, qu’ils se soient rencontrés en Roumanie lors des vacances ou en France.

Certains ont pourtant réussi à se stabiliser en Seine-Saint-Denis. Depuis quelques années, la première génération d’émigrés achète ou construit dans le département, pour assurer un avenir français à la future génération.

Pour autant,  l’empreinte d’Oaș demeure intacte : « parfois, je passe dans une rue et je me dis : ‘ah, ça doit être une maison de Roumains' », s’esclaffe Octavian Dabija. Façade colorée, colonnades, … :  le style se reproduit tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le peintre d’Oaș Vasile Marina, a ainsi rejoint ce « Little Romania » pour peindre les chambres franciliennes des habitants d’Oaș.

Mais Little Țara Oașului n’est pas Țara Oașului. Les choses ont changé, estime Marianna : « on reste ensemble oui, mais malheureusement le coeur n’y est plus. Il n’y a plus de fraternité », lance-t-elle amère. « L’argent a tout changé. On a beaucoup plus d’argent qu’il n’en faut, et on en veut toujours plus. (…) À présent, il y des frères qui se détestent. Avant, c’était impossible ».

Nombreux rêvent d’un retour, comme Jacob et Ana. Originaire de Bixad, le couple aimerait revenir en Roumanie après plus de vingt années passées en France, mais reste, pour ses enfants. « Ils sont encore petits. Ici, ils ont leur école, leurs amis », explique Jacob. « Au début, on ne pensait pas rester longtemps ici. On voulait gagner de l’argent et rentrer en Roumanie. » À ses côtés, sa femme opine du chef, le regard dans le vague. « Le temps a passé, et on s’est habitués à vivre, ici ».

C’est une trajectoire commune à beaucoup de familles, prises au piège de la nostalgie et des perspectives d’avenir. « Quand je suis partie, je pensais : « on part deux ans, pas plus » et cela fait maintenant treize ans, et on n’est pas rentrés », abonde Ana. Elle, fermière de Huta Certeze n’a pas pu oublier son village. « Je n’arrive pas à me faire à la vie d’ici », confesse-t-elle en roumain. « Je n’y peux rien, mon pays c’est là bas, j’y pense tous les jours en revenant du travail. C’est là bas que j’ai ma maison. J’aime tout là-bas, tout. Chacune des pierres de ma cour. Tout. Mais ici, j’ai mes filles et mon mari ».

Les Oșeni se retrouvent comme piégés entre deux pays : leur Roumanie natale et la France où s’écrit l’avenir de leurs enfants. Et aucun des deux pays ne veut franchement d’eux. Victimes de xénophobie en France,  confondus avec les Roms, les Roumains d’Oaș sont également sujets aux moqueries en Roumanie : leurs démonstrations de richesse ont nourri la rancœur des autres régions à leur égard, assure Mariana. « Parfois, quand je rencontre des Roumains, j’évite de dire que je viens d’Oaș ».

Récit et vidéos : Charlotte Causit

Crédits :
Vidéo de tête : Adrian Pop
Photographies : Google Street View & Google Earth

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Quelle prise en compte du psycho-traumatisme des exilés ?

De nombreux exilés arrivent en France avec des traumatismes psychiques. Leur destin reste en suspens de longs mois, parfois des années. Dans l’attente, leurs symptômes s’amplifient les empêchant de convaincre les Officiers de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) de leur bonne foi. Ils leur restent alors la possibilité de demander un titre de séjour pour soins en invoquant un trouble mental. Mais ils se heurtent souvent à la suspicion de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII).

« Ça tape dans ma tête, mes yeux ne peuvent pas se fermer la nuit. Je suis sous terre”

Depuis son arrivée en France en 2018, à 20 ans, Sayouba revit les cauchemars de son exil du Burkina Faso. “Dès que je suis face au mur de ma chambre, je vois les yeux de maman remplis d’eau et ses doigts qui tournent le bas du pagne. Elle me donne un rouleau de billets. Sa main me pousse dans le dos et sa voix me dit ‘pars’”. Face à ces images fantômes, Sayouba pleure. “Je n’ai toujours pas de nouvelles de maman, ce n’est pas facile”

En 2015, à 17 ans, Sayouba fuit avec sa famille les attaques djihadistes qui frappent son village au nord du Burkina Faso. Ils se réfugient à Kongoussi dans une maison de son père. Mais ce dernier meurt et la famille de la première femme de son père le chasse. Sa mère lui donne l’argent qui lui reste pour fuir. Assez pour acheter un seul aller en bus jusqu’à Ouagadougou. Il ne la reverra plus.

Sayouba vit trois mois dans la rue avant d’être embarqué au Niger par un chauffeur de bus qui lui promet du travail. Il ne sera jamais payé. On lui propose ensuite d’aller en Libye. Il y est réduit en esclavage dans des champs de dattes. Frappé tous les jours, il s’enfuit. Mais en rejoignant la ville la plus proche, il se fait capturer par des rebelles libyens.

“Je ne peux pas dormir. Quand je ferme les yeux c’est comme si j’étais de nouveau dans le noir dans le conteneur collé avec les autres”.

Le conteneur, cette prison chauffée à blanc par le soleil du désert, baignée dans une obscurité morbide. C’est là que Sayouba passe plus de trois mois avec quatre-vingt personnes, ne sortant que pour subir la torture de ses ravisseurs qui réclament une rançon. Un soir, le gardien ivre oublie de verrouiller la porte. Sayouba et neuf otages prennent la fuite. Cinq d’entre eux tomberont sous les balles de leurs geôliers. 

“Dans mes cauchemars, j’entends le bruit des poings qui tapent contre la taule. J’attends que la porte s’ouvre pour qu’ils sortent tous les morts et qu’ils me mettent l’électricité”

Il faut de longues heures avant que Sayouba ne raconte ces souvenirs. Quand il y parvient c’est son bégaiement qui le coupe.

Ces reviviscences sont courantes chez les exilés. “Cauchemars, crises d’angoisses, difficulté à s’exprimer, à faire face à certains éléments de la réalité, peur que ça recommence… ce sont les symptômes post-traumatiques que je rencontre chez la majorité des migrants », explique Henry Pin, psychologue dans le Centre Promo Soins Toulon. Ces traumatismes se traduisent “en éléments corporels comme des grosses fatigues, des douleurs et des signes psychosomatiques au niveau des appareils digestifs et respiratoires”.

Associatifs, psychiatres, agents de l’Office de l’Immigration et de l’Insertion (OFII) et de l’Office de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), tous s’accordent à le dire : une majorité des demandeurs d’asile souffrent de psycho-traumatismes. En 2018, 68% des migrants diagnostiqués par les médecins du Comité pour la santé des exilés (Comede) relèvent de trauma psychiques. 

L’attente kafkaïenne

Sous le poids d’un mal invisible, les traumatismes de la migration s’aggravent.

“L’attente est délétère. Pour beaucoup, l’incertitude à long terme amplifie les symptômes”. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky est psychologue responsable des consultations de psycho-traumatisme à l’hôpital Avicenne de Bobigny. Elle soigne les rescapés d’attaques terroristes, notamment celle du Bataclan, et les demandeurs d’asile. “Les procédures à rallonge favorisent le repli sur soi du patient”, analyse-t-elle.

Pour Sayouba la lourdeur du processus commence alors qu’il est encore sur l’eau. Le “zodiac” du passeur, sur lequel il est monté en cachette, est secouru par la Croix-Rouge au large de l’Italie. Sur le navire de l’ONG, on lui prend ses empreintes.

Il ne comprend pas l’italien. Alors il remonte le pays jusqu’aux Alpes qu’il traverse à pied en deux jours et trois nuits. Arrivé en France, Sayouba veut demander l’asile. Mais il ne peut pas : selon les accords de Dublin III signés en 2013 par les pays membres de l’Union européenne, un migrant doit demander l’asile dans le pays par lequel il est rentré sur le territoire européen.

Au bout de 9 mois l’Italie ne l’a toujours pas convoqué. Il peut enfin demander l’asile à la France. La préfecture de Nice lui remet un récépissé l’autorisant à rester sur le territoire : il n’est plus clandestin. 

La Loi Asile Immigration de 2018 prévoit une instruction des demandes en 6 mois. Mais dans la pratique, le délai dépasse les 12 mois en 2019.

L’amplification des symptômes

Pour Sayouba la convocation à l’entretien de l’Office de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) tarde à arriver.

Il est très difficile de trouver un travail déclaré tant que sa situation n’est pas régularisée. Alors Sayouba attend. Hébergé chez des familles d’accueil de l’association Welcome Var, il tourne en rond dans sa chambre. Des images le hantent : “Les attaques djihadistes en moto avec la kalachnikov”. “L’odeur des morts qui pourrissent”. “Les corps qui flottent à côté du zodiac” en Méditerranée. “Les pieds dans la bassine avec l’électricité qui brûle tout et moi qui crie dans le téléphone”. Ces scènes repassent en boucle. Ses insomnies se multiplient. “On m’a dit que maman était morte. Ils l’ont lapidée quoi. Mais je ne l’ai pas vue, je ne peux pas le croire”.  Ses crises d’angoisse sont de plus en plus fréquentes. Son bégaiement s’accentue.

« L’amplification des troubles de l’expression est fréquente lorsque la période d’incertitude s’allonge », explique le psychologue Henry Pin.

En août 2020, le Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA) de Toulon propose au bout de 2 ans un logement à Sayouba. Il comprend qu’il va devoir partager un petit appartement avec deux Nigériens et un Tchétchène. Il prend peur et refuse. En conséquence il perd son Allocation pour les Demandeurs d’Asile (ADA).

Isabelle* a travaillé en CADA plusieurs mois. Elle s’occupait de l’accompagnement juridique des demandeurs d’asile. “Le fait de vivre à plusieurs avec d’autres migrants qui ne partagent pas la même culture, ça ne se passe pas toujours très bien et ça crée encore plus de stress”, raconte-t-elle. Elle se souvient que “beaucoup avaient des maux de tête, des maux de ventre liés à l’attente de la procédure”. “Certains attendaient leur convocation à l’OFPRA depuis plus d’un an. Ils ne mangeaient plus, ils faisaient des malaises”.

La “spontanéité” et la “cohérence” à l’entretien de l’OFPRA incompatibles avec le psycho-traumatisme

Le 23 octobre 2020 Sayouba est convoqué à l’OFPRA. Deux ans et demi après la déposition de sa demande en préfecture. “C’est la première fois que j’allais à Paris, c’était pas facile”. Dans la salle d’attente, il y a des centaines de personnes autour de lui. “J’avais un peu de stress”. Il a le droit à un interprète mais refuse car il “parle bien le français” malgré son bégaiement. L’orthophoniste qui le suit a fourni un certificat pour attester de son “altération du langage avec blocage de la parole”.

L’entretien avec l’officier de protection dure 40 minutes. “J’ai su répondre à toutes les questions, mais je ne comprenais pas bien”. Les seules questions sur son récit sont liées à l’attaque djihadiste qui l’a poussé à fuir son village de Djibo lorsqu’il avait 17 ans. Rien sur la famille de la première femme de son père qui l’a chassé à cause de ses tatouages et de sa mère catholique.

“Il m’a demandé les noms des départements de la province de Ouagadougou, je savais pas. Le nom des footballeurs du Burkina ça je savais. Il m’a demandé si je connaissais la ville de Catsubo, j’ai dit non et après j’ai vu que ça existait pas, il voulait me piéger quoi.”

“Certains demandeurs nous comparent aux services secrets de leur pays parce que l’on pose plein de questions” confie Thomas*, officier de protection (OP) à l’OFPRA. “L’entretien contradictoire implique une certaine violence pour le demandeur” admet-il, mais il assure que “l’essentiel des officiers est passé par le milieu associatif, ils sont bienveillants. Tu ne rentres pas à l’OFPRA pour faire des refus”.

Malgré les certificats médicaux de suivi, ils ne sont pas crus” 

“Le cœur du métier d’OP c’est d’évaluer la crédibilité objective et subjective du récit », développe-t-il. La crédibilité objective vise à établir la réalité des faits et sa concordance avec la Convention de Genève de 1951. Selon le texte, le droit d’asile s’ouvre à « toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques” et “qui ne peut […] se réclamer de la protection de [son] pays ».

“La crédibilité subjective est la plus sensible. Elle fait appel à l’intime conviction de l’officier”. Pour établir la crédibilité du récit, les agents de l’OFPRA se basent sur la “cohérence” et la “spontanéité” du demandeur d’asile. “Concrètement on se demande : est ce que je le crois ou pas?”

Pour l’anthropologue et psychologue Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, “beaucoup de demandeurs d’asile ne peuvent pas produire de récits circonstanciés et linéaires car les effets du trauma rendent cela impossible”. Elle prend l’exemple d’une nigérienne victime de viols collectifs. “Lorsqu’elle se retrouve face à un inconnu qui la questionne sur les viols qu’elle a subi, il n’y a rien qui sort”

“L’évitement des pensées, discussions ou personnes en rapport avec le traumatisme vise à ne pas faire face à la douleur liée au trauma” détaille un rapport de l’INSERM de 2020. “Ce sont des tentatives pour supprimer les idées intrusives de la mémoire” précise le rapport.

Les officiers de l’OFPRA ont une formation de deux jours pour mener des entretiens face à des victimes de psycho-traumatismes. “Ce n’est clairement pas suffisant. Malgré les certificats médicaux de suivi, les exilés ne sont pas crus” poursuit l’anthropologue, “la présomption de suspicion est trop forte”. Entre 2015 et 2016, 53% des demandeurs d’asile victimes de torture pris en charge par le centre Primo-Levi ont été refusés.

Trois mois après son entretien, Sayouba reçoit la réponse de l’OFPRA.

Selon le compte rendu “il ne fait valoir aucune crainte de persécution fondée sur l’un des motifs prévus par la Convention de Genève”. Ses “déclarations [sont] confuses et impersonnelles”, sa “fuite […] peu convaincante” et il n’apporte “pas d’indication crédible”. Il est débouté. Sa demande d’asile est rejetée. 

En 2019, 74% des demandeurs d’asile n’ont bénéficié d’aucune protection par l’OFPRA.

Après deux ans et neuf mois de procédure, c’est un coup de massue pour Sayouba. « J’étais refroidi, je n’y croyais pas. Je n’ai pas mangé pendant deux jours”.

La psychiatre Sylvie Zucca de la Permanence Accès Soins Santé (PASS) de l’hôpital Saint-Louis explique qu’il “peut exister de fortes réactions psychiques en cas de refus. Cette décision conditionne le devenir subjectif d’une vie en quête de construction”.

Accompagné par la Cimade, Sayouba dépose un recours à la Cour Nationale du Droit d’Asile. Si la cour valide le refus, il tentera d’obtenir un titre de séjour “étranger malade” auprès de l’Office Français de l’Immigration et de l’Insertion (OFII). 

Réforme de 2016 : chute des attributions de titres de séjour pour soins

Selon le rapport de 2017 de la Cimade, chaque année seulement 12% des déboutés sont expulsés. “Ceux qui ont eu leurs demandes d’asile refusées  tentent d’obtenir un autre titre de séjour, c’est le parcours type”, explique Gilbert Lefront, juriste de la Cimade. Entre 2017 et 2019, ils sont en moyenne 32 000 par an à demander un titre de séjour pour soins.

Mais « pour contrecarrer cette tactique, la Loi Asile Immigration de 2018 a institué une nouvelle règle : la demande d’un titre de séjour doit être conjointe à la demande d’asile », poursuit le juriste. Entre 2017 et 2018 on assiste à une baisse historique de 33,6% des demandes pour soins qui se maintient en 2019.

“C’est impossible de demander un titre de séjour pour psychotraumatisme en même temps que l’asile” considère Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky. “Le plus souvent, le demandeur passe les trois premiers mois en France dans la rue. Il faut ensuite qu’il rencontre des médecins qui parlent sa langue et au bout de plusieurs semaines qu’il se livre”.

“Les maladies mentales peuvent être très stigmatisées” dans le pays d’origine et “beaucoup ne savent pas que ça existe, un docteur pour la tête” confirme Isabelle, ancienne accompagnante en Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA).

Depuis la réforme du titre de séjour pour soins en 2016, “on assiste à une chute vertigineuse de personnes reconnues” déplore Sibel Agrali directrice du centre de soins Primo-Levi. 

La décision revient maintenant à l’Office Français de l’Immigration et de l’Insertion (OFII)” qui dépend du Ministère de l’Intérieur, et plus aux Agences Régionales de Santé (ARS) qui dépendent du Ministère de la Santé. 

Selon le rapport médical de l’OFII au Parlement en 2017, “la loi du 7 mars 2016 a significativement renforcé l’encadrement juridique de la procédure d’admission au séjour pour raisons de santé”.

En 2014, le taux d’acceptation est de 77 %. 

Un an après la réforme de 2016, il tombe à 55%.

Une “religion” contre une “politique” : le dialogue rompu entre praticiens

Les troubles mentaux sont la maladie la plus invoquée depuis 2009 pour obtenir un titre de séjour pour soins. Entre 20% et 25% des demandes chaque année. Mais c’est également la catégorie de maladies qui est la moins reconnue car “c’est la moins objectivable” selon la psychiatre Sylvie Zucca. Entre 2017 et 2019, seules 27% des demandes de soins pour troubles mentaux ont été acceptées.

« Les troubles post traumatiques c’est la voie la plus facile pour faire une demande” estime le psychiatre Marc-Antoine Crocq, expert pour l’OFII.

Parcours administratif pour obtenir un titre de séjour pour soin depuis 2016.

Un médecin généraliste rencontre le demandeur et rédige un rapport médical à partir des certificats d’hospitalisation et de ceux du médecin traitant. “Je récupère ce rapport et je transmets mon avis” sur la base du CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile). Les deux critères principaux : que l’absence de traitement entraîne « des conséquences d’une exceptionnelle gravité pour la santé” du requérant, et que le traitement soit indisponible dans le pays d’origine.

“Il y a de nombreux certificats de complaisance, avec peu de suivi ou des symptômes qui persistent malgré un traitement qui devrait les réduire” explique le psychiatre de l’OFII. “Le risque suicidaire est rarement avéré », poursuit-il.

“Pourquoi une telle défiance entre confrères? Nos patients sont réellement malades” martèle Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky. Et “l’exceptionnelle gravité est déjà là lorsque la personne ne peut plus vivre sereinement dans l’espace social”, considère-t-elle.

Aucun des trois médecins du collège de l’OFII ne rencontre le demandeur de séjour pour soins. “C’est matériellement impossible” explique le docteur Crocq.

“Les soins de psychothérapies et les antidépresseurs sont disponibles partout” selon l’expert. Pour rendre ses avis il utilise la Bibliothèque d’Information sur le Système de soins des Pays d’Origine (BISPO) accessible via l’OFII. La plateforme n’est pas publique malgré l’avis de la Commission d’Accès aux Documents Administratif du 17 octobre 2019. 

“Dire que l’on peut faire de la psychothérapie à Kaboul ou à Kinshasa c’est très cynique. En retournant dans leur pays ils vont se confronter à nouveau à la torture et à la persécution qu’ils ont fui. Et les maladies mentales y sont souvent stigmatisées”. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky estime qu’il s’agit là d’une “volonté politique qui vise à accepter moins d’exilés”

Le psychiatre expert de l’OFII considère qu’il “y a quelque chose de néocolonialiste à croire qu’un psychologue blanc est meilleur qu’un autre”. “Ce sont des idées préconçues d’un milieu psychanalytique bourgeois et gauchiste qui relèvent d’une croyance religieuse” conclut-il.

Le 26 mars, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky organise les assises “Psychotrauma et étrangers malades” pour l’Inalco. Aucun médecin expert de l’OFII n’a répondu à son appel. Entre praticiens le dialogue est rompu.

*A la demande des sources, les noms ont été anonymisés.

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La Légion d’honneur au miroir de la société française​

Hôtel de Salm, Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, © Marc Baronnet

La Légion d'honneur au miroir de la société française

DATA-ANALYSE. La légion d’honneur est donnée aux citoyens les plus méritants. Une notion floue pour une procédure opaque. L’analyse des décorés depuis 2007 montre une nouveauté, la parité, et une constante : la dominance des classes supérieures.

C’est la plus haute et la plus prestigieuse des décorations françaises. La Légion d’honneur récompense les citoyens méritants depuis sa création par Napoléon Ier, en 1802. Tous les ans, elle est décernée par le Président de la République, lors de quatre grandes promotions : deux militaires, en juin et novembre, et deux civiles, le 1er janvier et le 14 juillet. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, plus de 22 000 décorations ont été attribuées.

Mais qui sont les personnes décorées ? Concernant les civils, principalement des cadres. Dirigeants d’entreprises, directeurs de services, universitaires, médecins, magistrats… La légion d’honneur est avant tout décernée aux classes supérieures.

Commandeur de l'Ordre de la Légion d'Honneur, © Fdutil

Dans le monde de l’entreprise par exemple, les décorés sont aux postes de direction. Sur la période 2007-2021, 4 220 cadres du privé ont été décorés. Parmi eux, 95% sont présidents de société ou directeurs de services. Ouvriers et artisans sont présents dans de bien moindre proportions. Seuls 349 d’entre eux ont reçu la Légion d’honneur depuis 2007. Pour la plupart, ce sont des maîtres d’art ou des personnes possédant le titre de “Meilleur ouvrier de France”.

Les enseignants comptent aussi pour une importante partie des décorés : 14,1%, dont 10,1% d’universitaires travaillant dans l’enseignement supérieur. Ces chiffres sont bien plus importants que la proportion de ces postes dans la population. Selon l’INSEE, en 2016, les enseignants représentaient 7,5% de la population active.

La proportion élevée de professionnels de santé est, quant à elle, conjoncturelle. Avec la crise du Covid-19, les médecins ont largement été décorés lors de la promotion civile de janvier 2021. Sur les 1 201 décorés du 1er janvier, un tiers étaient des soignants. Leur proportion a donc explosé : d’environ 8% des décorés pendant les mandats de Nicolas Sarkozy et François Hollande, ils passent à 17,1% des décorés sous Emmanuel Macron !

En dehors des professionnels de santé, la répartition entre les différents corps de métier reste stable d’un mandat à l’autre. C’est donc que la Légion d’honneur est distribuée sur des critères de mérite qui restent stables à travers le temps.

Distinguer le mérite

La notion de mérite est à la base de la Légion d’honneur. En effet, pour obtenir le fameux ruban rouge, il faut faire preuve de “mérites éminents” et d’au-moins vingt ans d’activité. Mais à quoi correspondent ces mérites éminents ? La Grande chancellerie de la Légion d’honneur explique qu’ils diffèrent selon les métiers. “Pour un chef d’entreprise, c’est de la création d’emplois ; pour un universitaire, le fruit de ses recherches ; pour un sportif, faire rayonner l’image de la France”, illustre-t-elle. 

Dans la pratique, difficile de savoir comment ils sont évalués… et donc, pourquoi une personne est décorée. Le décret de nomination à la Légion d’honneur, signé par le Président de la République en tant que Grand maître de l’ordre de la Légion d’honneur, ne donne pas d’information à ce sujet. Pour chaque personne, les informations mentionnées comportent sa qualité – par exemple, “directrice-générale de société”, – et le motif de sa nomination. Celui-ci n’est que peu explicite : pour la directrice-générale de société susmentionnée, il s’agit de “52 ans d’activités professionnelles et associatives”.

Pour en savoir un peu plus, il faut remonter le fil ayant mené à cette nomination. Le chemin vers la décoration passe en effet par de nombreuses administrations. Avant qu’une personne ne voit son nom mentionné dans le décret présidentiel, elle doit recevoir un avis favorable du Conseil de la Légion d’honneur. Celui-ci refuse 10 à 15% des dossiers qui lui sont proposés tous les ans, principalement pour cause de mérites insuffisants. 

Ces dossiers reçus par le Conseil de la Légion d’honneur, appelés mémoires de proposition, sont envoyés par les cabinets ministériels. Chaque ministère envoie, à l’occasion des promotions du 1er janvier et du 14 juillet, les dossiers des personnes relevant de leur secteur qu’ils souhaitent voir décorées. 

Chevaliers, officiers et commandeurs.

L’ordre de la Légion d’honneur comprend trois grades (chevalier, officier, commandeur) et deux dignités (grand-officier et grand-croix). Pour être nommé chevalier, il faut un minimum de 20 ans d’activité (sauf cas exceptionnels, notamment les sportifs dont la carrière est plus courte) et avoir fait preuve de mérites éminents. Pour être nommé officier, il faut être chevalier depuis au moins 8 ans et avoir fait preuve de nouveaux mérites éminents. Il faut ensuite 5 ans pour passer commandeur, puis 3 ans pour être élevé à la dignités de grand-officier et de nouveau 3 ans pour grand-croix.

Manque de transparence

Ce cheminement ne nous en apprend guère plus sur les mérites des personnes décorées. En effet, les mémoires de proposition rédigés par les ministères sont confidentiels. Seuls les mémoires les plus anciens sont disponibles sur la base Léonore, index des titulaires de la légion d’honneur. “Ils sont disponibles 50 ans après le dernier versement d’une pièce dans le mémoire”, précise la Grande chancellerie. Soit après le décès du décoré.

En l’absence d’accès aux mémoires de proposition, impossible de savoir comment un nom arrive dans un cabinet ministériel. Impossible donc de savoir pour quels motifs une personne reçoit la Légion d’honneur. “Il y a un vrai manque de transparence dans les critères”, estime le sociologue et politologue William Genieys.

“Aujourd’hui, la transparence est réclamée partout. Pourquoi ne s’applique-t-elle pas là ? Pourquoi ce culte du mérite et de l’honneur n’est-il pas transparent ?”

Pour certains postes, l’obtention de la Légion d’honneur est presque institutionnalisée. Les préfets, ambassadeurs, députés, sénateurs sont couramment décorés après leur mandat. Cette logique est au cœur de la symbolique de la Légion d’honneur. Sous l’Empire, les légionnaires civils étaient en effet peu nombreux et, pour moitié, ministres, sénateurs, députés, conseillers d’Etats ou encore préfets. “Quelque part, donner la légion d’honneur à un ancien ministre, c’est rétribuer ceux qui ont donné du temps à l’État », analyse William Genieys.

Les professionnels de la politique sont donc logiquement fortement représentés parmi les récipiendaires de la Légion d’honneur. 8,5% des décorés depuis 2007 exercent ou ont exercé une fonction politique. Les maires par exemple, qui représentent 0,1% de la population active française, ont reçu 3,2% des décorations ces quatorze dernières années. Les ministres ne sont pas en reste. Parmi les ministres en poste depuis 2007, vingt-huit ont été décorés et autant de secrétaires d’Etat. Parmi eux : Bernard Cazeneuve, Christine Lagarde, Elisabeth Borne ou encore Christian Estrosi.

Baisse des contingents de décorés

Le nombre maximum de personnes pouvant être décoré par la Légion d’honneur est fixé par décret par le Président de la République. Alors que Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux distribué plus de 9 000 décorations à titre civil, Emmanuel Macron a souhaité diminuer ce nombre “pour redonner du sens à la décoration”. L’actuel président n’a pour l’instant distribué que 3 300 médailles.

La parité, objectif variable

La parité dans l’attribution de la légion d’honneur est officiellement obligatoire depuis 2008. Si elle est parfaitement respectée pour les nouveaux entrants dans l’ordre de la légion, ce n’est pas le cas dans les grades plus élevés. Ainsi, parmi les légionnaires promus au grade de commandeur depuis 2007, seulement 24,6% sont des femmes.

Cette proportion est cependant en augmentation : durant le mandat de Nicolas Sarkozy, 20,5% des nouveaux commandeurs étaient des femmes. Ce chiffre passe à 25,6% pendant le mandat de François Hollande. Lors du mandat d’Emmanuel Macron, elles représentent 39% des nouveaux commandeurs !

Pour la Grande chancellerie de la Légion d’honneur, cette différence s’explique par un plus faible nombre de femmes sur la totalité des décorés. Plus de 90 000 personnes en vie possèdent actuellement la Légion d’honneur et peuvent donc obtenir une promotion à un grade plus élevé. Même si les nouveaux entrants comportent autant d’hommes que de femmes, il faudra encore quelques années avant que la parité ne soit effective pour l’ensemble des décorés.

Méthodologie

Pour cette analyse des décorés de la légion d’honneur, j’ai récupéré au journal officiel tous les décrets de nomination depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, en mai 2017. Puisqu’aucun fichier contenant ces informations n’existe, j’ai dû les récupérer via un programme de code, en utilisant le html qui structure la page. Ce qui ressemble à ceci :

Chaque décret contient le genre, titre, nom, prénoms, qualité de chaque personne, ainsi que le motif de sa nomination. Bien souvent, celui-ci se limite aux nombres d’années d’activité professionnelle de la personne. Les noms sont catégorisés par grade et ministère.

Exemple de décret de nomination à la légion d’honneur :

J’ai seulement pris en compte les promotions civiles de la légion d’honneur, en excluant les militaires et les contingents spéciaux d’anciens combattants et compagnons de la Libération. En effet, les militaires constituent un contingent constant de décorés qui aurait écrasé les autres professions dans les proportions de décorés.

J’ai donc constitué une base de données de plus de 22 000 noms sur 14 ans, qu’il a fallu classifier par corps de métier avant de pouvoir l’analyser. Si cette opération était simple pour certains métiers (professeurs, médecins, policiers, etc.), elle était beaucoup plus complexe pour d’autres. J’ai donc mis dans la catégorie “cadres du public” toutes les personnes faisant partie de la fonction publique. Les personnes occupant des postes similaires mais dont l’employeur est une organisation privée sont classées dans la catégorie “cadres du privé”. 

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Projet Enquête Netflix

NETFLIX:
une répartition homme / femme
irréprochable ?

Leader du streaming vidéo, Netflix multiplie les actions en faveur de la parité et se félicite d’une forte présence des femmes dans ses programmes originaux, devant et derrière la caméra. Mais le géant américain est-il vraiment irréprochable ? Analyse data de plus de 1000 programmes originaux Netflix afin de mener l’enquête.

Le 28 févier, à la 75e cérémonie des Golden Globes, Netflix triomphait avec ses programmes Le jeu de la dame, I care a lot, Le Blues de Ma Rainey et the Crown. Leur point commun ? Des femmes en tête d’affiche. Un constat qui ne s’apparente pas à une pure coïncidence : déjà en 2015, Netflix et sa vice-présidente des contenus de l’époque, Cindy Holland, s’engageaient à mettre davantage de femmes en avant.

Six ans et une crise sanitaire plus tard, la plateforme américaine de streaming domine plus que jamais le marché et entend bien continuer ses actions. Le 21 mars, Ted Sarandos, co-PDG de Netflix avec Reed Hastings, réaffirmait sa volonté au micro de la radio américaine KCRW : « C’est quelque chose sur lequel nous travaillons depuis longtemps. Nous ne voulons pas nous enfermer dans des quotas arbitraires, mais nous engager dans un état constant d’amélioration ». Et le PDG d’avouer : « C’est une réelle volonté. Et c’est aussi un très bon business. Les gens ont envie de voir des personnes qui leur ressemblent à l’écran. »

Alors, Netflix a annoncé la nomination d’une personne en charge de la diversité, s’est engagé à verser 100 millions de dollars sur cinq ans pour « développer des nouveaux talents », et s’est associé avec l’université USC Annenberg pour la publication d’un rapport, « Inclusion Initative ». Un document qui chiffre notamment la place des femmes et constate la parité dans les programmes originaux Netflix pour 2019.  Cependant, le rapport se concentre uniquement sur les programmes américains, entre 2018 et 2019, et ne s’intéresse ni à l’âge des actrices, ni aux genres des productions.

Notre enquête va plus loin en analysant à la loupe plus de 1000 programmes originaux Netflix du monde entier, créés entre 2015 et 2021 : part des actrices et réalisatrices dans les séries et films, répartition entre les différents genres (comédies, thriller…) et moyenne d’âge.

Ted Sarandos, co-PDG de Netflix

La parité atteinte dans les séries

Julie Billy productrice de films chez Haut et Court, est aussi co-présidente du collectif 50/50. Celle qui a produit The Lobster ou La nuit a dévoré le monde constate bien cette volonté de la plateforme. Avec le collectif, qui œuvre pour la parité, elle vient de monter un programme de mentorat pour les jeunes femmes en partenariat avec Netflix : « Ils cherchaient à trouver des initiatives en faveur des femmes en vue du 8 mars (journée de la femme, ndlr), alors ils se sont associés à nous dans le cadre de ce programme. La plateforme a une volonté affichée de mettre davantage de diversité et de parité, on sait qu’ils demandent aux producteurs d’avoir un regard spécifique sur ces sujets ».

En effet, depuis 2020, de nombreuses productions centrées sur des femmes ont germé, comme Fate : The Winx Saga. Cette série, adaptation libre du dessin animé du même nom, suit la vie de cinq adolescentes dotées de pouvoirs magiques. On retrouve aussi Sex Education avec le personnage fort de la rebelle Maeve, ou plus récemment Ginny & Georgia, centrée sur la relation mère-fille.

Netflix ne choisit pas non plus ses actrices au hasard : les femmes derrière les personnages sont souvent sensibles à la cause. Par exemple, Gillian Anderson, qui joue la mère d’Otis dans Sex Education et Margaret Thatcher dans The Crown, affirmait déjà en 2014 dans Glamour « J’ai une sensibilité féministe et quand j’entends certaines choses ou que je vois les gens réagir envers les femmes d’une certaine façon, j’ai très peu de tolérance envers eux. » Sa co-star de Sex Education, Emma MacKey, confiait à The Independent :  « Je crois en l’égalité entre les gens. Je préfère qu’on se souvienne de moi comme une féministe plutôt qu’une conasse ».

Depuis 2015, le pourcentage de femmes dans les productions originales Netflix a bel et bien augmenté : les actrices occupent en 2020 plus de 48% des rôles principaux, contre seulement 37% en 2015. Même tendance pour les cinq premiers rôles, où l’on passe de 32% à 45%.

Une présence accrue des femmes qui est encore plus frappante dans les séries : en 2020, la parité est atteinte et même dépassée, avec 57% de séries avec une femme dans un premier rôle, contre 30% en 2015. Ces tendances pour 2021 semblent se confirmer, puisque les femmes occupent pour l’instant 52% des rôles principaux.

On constate néanmoins une variation conséquente selon les pays d’origine des productions. Si en 2020, les programmes américains comptabilisent 48% de femmes, le reste des productions fait un peu moins bien, avec 46% d’actrices dans un premier rôle. Mais encore plus flagrant: si l’Allemagne, le Mexique et l’Espagne s’en sortent avec un pourcentage largement au-dessus de la moyenne constatée, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et l’Italie figurent parmi les mauvais élèves. 

Julie Billy, productrice et co-présidente du collectif 50/50. (a)Julie Billy

Les réalisatrices encore en portion congrue

La part de réalisatrices a aussi grimpé, passant de 17% en 2015 à 24% en 2020. Là encore, le pourcentage de réalisatrices dans les séries est plus important que celui dans les films, depuis 2019.

Rien non plus d’étonnant à ce constat : Plusieurs programmes à succès ont été confiés à des réalisatrices sur les deux dernières années, tels que la trilogie pour adolescents A tous les garçons, mais aussi la série Lupin : dans l’ombre d’Arsène avec Omar Sy, dont deux épisodes sont réalisés par la chilienne Marcela Said. Ted Sarandos, sur KCRW, applaudissait le fait que « notre film qui a le mieux marché sur la plateforme, Bird Box, a été réalisé par une femme. Et notre film le plus visionné de 2020, Old Guard, a été réalisé par une femme de couleur ».

Mais malgré les efforts notables de la plateforme, la parité est encore très loin d’être une réalité. La moyenne constatée est d’environ 24%, toutes productions confondues. En revanche, si on ne s’attarde que sur les productions américaines, le pourcentage grimpe à 27%.

En revanche, pour le reste du monde, le pourcentage tombe à 21,5%. Par exemple, en 2020, le Royaume-Uni, le Mexique et l’Espagne se sont distingués avec un nombre de réalisatrices entre 12 et 14%, bien en dessous de la moyenne.

Pour la productrice Julie Billy, ces chiffres en demi-teinte s’expliquent assez facilement « la problématique des plateformes et des chaines de télévision, c’est qu’ils veulent toujours des gens avec de l’expérience : on ne fait pas toute de suite son premier film à la télé ou sa première série. Le système est très précarisant pour les plus faibles, et après une maternité par exemple, c’est compliqué de revenir sur le terrain du travail. Le système a donc tendance à diminuer le nombre de réalisatrices au fur et à mesure de leur carrière ».

Romance et famille toujours au programme

Malgré ces avancées, la répartition homme/femme pêche sur un autre aspect : celui des genres des productions. Les chiffres révèlent qu’actrices comme réalisatrices semblent encore enfermées dans certains types de programmes. Si pour Ted Sarandos, « c’est important que les femmes ne soient pas cantonnées aux mêmes types de films », c’est pourtant encore la réalité chez Netflix.

Sur l’ensemble de la période 2015- début 2021, on remarque que pour les actrices, la catégorie « films ou séries romantiques » ainsi que « films ou séries familiales » culminent en haut du podium, avec respectivement 58% et 52% de femmes dans le rôle principal. A l’inverse, les programmes « guerre » et « western » sont largement dominés par les acteurs, avec 20% et 16% de femmes dans le rôle principal. Pour l’année 2020 seule, les programmes « romantiques » sont encore en tête du classement, tandis que les films et séries d’action, aventure et policier sont ceux avec le moins de femmes.

Les actrices semblent donc encore être cantonnées aux mêmes types de rôles, largement présentes dans des programmes à cible féminine, mais beaucoup moins à cible masculine. Si les femmes ne manquent pas dans la saga romantique Les Chroniques de Bridgerton ou Emily in Paris, elles sont beaucoup plus difficiles à trouver dans des programmes comme Tyler Rake, un film d’action survitaminé avec la star de Thor, Chris Hemsworth.

Pas d'horreur ni de guerre pour les réalisatrices

Et l’on retrouve le même type de genres pour les réalisatrices : elles sont en majorité derrière les caméras des « drames », « comédies » et « films musicaux », mais très rares sont celles qui dirigent les productions de « guerre », « horreur » et « policier ». En 2015, c’est étrangement dans les programmes de « science-fiction », « suspens » et « thriller » qu’on les retrouve les plus nombreuses, mais ce constat est à relativiser et s’explique probablement par le faible nombre de productions sorties cette année-là ( 25 contre 259 en 2020)

En 2020, c’était toujours dans les programmes « comédies » et « musicaux » mais aussi « romantiques » qu’elles étaient le plus nombreuses, comme on a pu le voir avec le dansant Feel the beat ou le dernier volet de A tous les garçons, comédie romantique pour adolescents qui suit les aventure de Lara Jean et son « crush » Peter.

Pour Julie Billy, cette tendance dans les genres s’explique assez facilement : « Les genres de films sont souvent liés à des budgets, et plus on a des budgets élevés, moins on a des réalisatrices. Les films d’action et les gros films populaires, qui sont les mieux financés, sont ceux sur lesquels les femmes sont le moins représentées. ». Dans le cinéma traditionnel en France, « les réalisatrices sont aussi moins bien payées. Il y a non seulement un écart de budget de 36% et en plus, un écart de rémunération et de salaire de 42%. ».

Mais impossible de savoir si l’herbe est plus verte chez Netflix : « Les budgets des séries Netflix sont vraiment très confidentiels, c’est impossible pour nous de savoir comment ils rémunèrent les réalisatrices par rapport aux réalisateurs. En général, entre producteurs, on se donne des tips sur les chiffres, mais ceux qui travaillent avec Netflix ont une telle peur de voir leur contrat annulé, il y a des telles clauses de confidentialité, qu’ils ne disent rien. Sur ces questions, il n’y a pas de transparence », explique la productrice.

30 ans sinon rien

Autre constat : celui de l’âge des actrices. Sur les 1000 programmes analysés, une tendance se dessine très nettement : les actrices sont toujours plus jeunes que les acteurs. En 2020, alors que les acteurs dans un premier rôle avaient en moyenne 41 ans, les actrices n’en n’avaient que 35. Dans les cinq premiers rôles, le chiffre grimpe à 42 en moyenne pour les hommes, contre 37 ans pour les femmes.

Et depuis 2015, aucune évolution notable : l’âge moyen des actrices n’augmente pas, avec un âge moyen d’actrice dans les cinq premiers rôles à 37 ans depuis 2017, tandis que celui des hommes a augmenté d’une année. Les productions du début de l’année 2021 proposent même des productions avec des femmes encore plus jeunes, avec un âge moyen de 34 ans, soit un écart de dix ans avec les hommes.

Enfin, depuis 2016, la moyenne d’âge des actrices est plus faible pour les actrices de séries que dans les actrices de films : en 2020, l’âge moyen des actrices dans les cinq premiers rôles était de 36 ans, contre 39 ans dans les films. 

Un constat sûrement lié à la cible des spectateurs, les séries étant majoritairement destinées à un public plus jeune que les films : Sex Education, Les chroniques de Bridgeton ou Fate : The Winx Saga, séries à succès de Netflix, mettent toutes en scène des personnages féminins très jeunes, censées être âgées à peine d’une vingtaine d’années, auxquelles les adolescentes peuvent facilement s’identifier.

On remarque enfin que les écarts d’âge sont très variables selon les genres des productions. Si les femmes sont plus âgées dans les programmes policiers, dramatiques et musicaux, elles sont nettement plus jeunes dans les films et séries de science-fiction, d’action et d’aventure, là aussi une résultante de la cible des programmes.

Et cela n’est bien sûr pas propre qu’à Netflix : la fameuse « limite des 40 ans » au-delà de laquelle les actrices ont beaucoup moins de rôles fait parler d’elle depuis un moment à Hollywood. Rosamund Pike, star de la production Netflix I Care A Lot, regrettait d’ailleurs dans The Telegraph d’être toujours renvoyée à son âge : « Par exemple, dans un article du Mail Online, ils disaient « Rosamund Pike, la star de 36 ans, a été demandé en mariage par David Oyelowo. La mention de l’âge, c’est toujours une réalité pour les femmes”. Elle ajoutait : “Récemment, j’ai essayé d’avoir un partenaire à l’écran dix ans plus jeune que moi, car je le trouvais parfait pour le rôle. J’ai rencontré une résistance immense ».

Rosamund Pike, star de la production I Care A Lot

Les femmes en avant, mais pas pour tout le monde

Une autre manière trouvée par Netflix de mettre les femmes en avant, est aussi par la création de catégories sur les pages de ses abonnés. Par exemple, en 2019, c’est la catégorie « femmes réalisatrices » qui émerge.

Ainsi, Céline, 29 ans, partisane de la parité, peut voir de nombreuses catégories promouvant ces dernières : « héroïne de séries comiques », « femmes combattant le crime », « reines de l’écran » …  Dans sa page d’accueil, l’onglet « programmes originaux Netflix » ne lui propose même que des productions avec des femmes en personnage principal. Même chose pour Catherine, 52 ans, dont les suggestions comportent de nombreuses catégories féminines.

Mais pour Jordan, 24 ans, aucune femme à l’horizon. Amateur d’animés et de science-fiction, son profil ne comporte aucune des catégories créées par Netflix pour mettre les femmes en avant, et aucune femme n’apparait dans les recommandations de programmes originaux. Marc, 59 ans, aussi fan d’animés et de fantasy, n’a lui non plus aucune de ces catégories.

Des résultats dus à l’algorithme Netflix, dont la recette secrète est bien gardée. Une machine intelligente qui se base avec grande précision sur les goûts de ses utilisateurs : « Cet algorithme d’une puissance chirurgicale analyse les habitudes de ses clients : quel type de films regardez-vous le plus ? Quand arrêtez-vous la lecture ? À quel volume le regardez-vous et quand le changez-vous ? etc. Ce système est plébiscité par les clients puisque plus de 8 visionnages sur 10 sont issus des recommandations de l’algorithme », explique Cinergie, un site spécialisé dans le cinéma belge.

Alors, peu de chance que Jordan ou Marc tombent un jour sur les catégories qui tentent de mettre la femme au premier plan. Force est de constater que les femmes sont bien là… mais pour ceux déjà sensibles à la cause.

 

Clémence Ballandras

Méthodologie

Pour cette enquête data, nous sommes partis des listes des programmes originaux Netflix établies sur Wikipédia. Tous les titres et années des films et séries depuis 2015 ont ainsi été récupérés par un script Python. Nous avons cherché les informations complémentaires via plusieurs méthodes: 

– API ouverte du site OMDb (récupération de l’ID IMDb utilisé dans la bibliothèque IMDb)

– Bibliothèque open-source Python permettant d’accéder aux informations IMDb (récupération de toutes les informations liées à chaque programme: genres, pays, réalisateurs, 5 acteurs/actrices principaux). 

– Scrapping de certaines pages du site IMDb (récupération de l’âge des acteurs/actrices)

– Bibliothèque open-source Gender Guesser qui permet détecter le genre de la personne selon son prénom 

Une marge d’erreur est donc possible et la technique de récupération de données, différente à celle de l’USC Annenberg, peut expliquer la différence entre les chiffres constatés.

Les documentaires, télé-réalités, jeux télévisés et talk-shows n’ont pas été analysés.